Pour Julie Gauthron, la vue ne tient qu’à un fil. Aussi cherche-t-elle à réduire la matière à sa plus simple expression, celle du contour.  
Elle use pudiquement d’un matériau centenaire, le néon, comme elle œuvre le fil de fer, évitant les fausses certitudes du tracé trop net, trop clair de l’enseigne publicitaire. Sa retenue est un équilibre musical et fragile : elle sent que toute vérité ne peut être qu’un « mi-dire », comme le scandait Lacan. D’où cet œil que l’on cache pour mieux voir avec celui qui reste. D’où ces jambes qui se passent de tronc commun.
La lumière invite ici à une obscurité plus ouverte.
Le tracé tend vers sa propre abolition.
Les néons de Gauthron sont une enseigne volontairement anodine, un pied de nez aux lumières divinisées par le pouvoir : un halo qui invite au reste de son œuvre, ballet de créatures en déséquilibre, se cachant souvent des regards et des spots.
Silhouettes qui composent la grille des écarts et des possibilités humaines, tantôt criantes, tantôt dansantes.   Modeler, mais point trop. Représenter à la limite. Illuminer dans le noir. Dans la dialectique entre onde et corps, Julie Gauthron prend parti pour la vibration cachée derrière la lumière. 

Luis de Miranda
Philosophe